Demandez à un apnéiste comment il s'entraîne à sec et il évoquera probablement ses tables. Ces protocoles d'apnées répétées, chronométrées, structurent l'entraînement statique depuis des décennies. Mais derrière les appellations CO2 et O2 se cachent deux logiques différentes, que la recherche récente invite à regarder avec nuance.
Deux protocoles, deux intentions
Une table CO2 enchaîne des apnées de durée fixe, souvent autour de la moitié de son record personnel, avec des temps de récupération qui diminuent progressivement. L'objectif affiché est d'habituer le corps à l'accumulation de dioxyde de carbone, responsable de l'envie de respirer et des contractions du diaphragme.
Une table O2 fait l'inverse : les temps de récupération restent constants, généreux, tandis que la durée des apnées augmente à chaque répétition. L'intention est de travailler progressivement avec des niveaux d'oxygène plus bas et de développer l'économie d'oxygène.
Ce que dit la recherche
Une étude publiée en octobre 2026 dans le European Journal of Applied Physiology par une équipe de l'Université de Gand a mesuré les réponses physiologiques de ces deux protocoles chez des apnéistes. Sa conclusion principale est instructive : chez des pratiquants novices, les tables O2 et CO2 n'ont pas réussi à provoquer ni la forte désoxygénation ni l'accumulation de CO2 qu'elles sont censées entraîner.
Autrement dit, les effets physiologiques réels de ces tables sont plus modestes que leur réputation, en particulier chez les débutants. Elles restent un outil de structuration de l'entraînement et de familiarisation avec l'inconfort ventilatoire, mais il ne faut pas leur prêter des vertus d'adaptation que la science ne confirme pas à ce stade.
Les règles de sécurité qui ne changent pas
Même à sec, allongé sur un canapé, une table d'apnée peut provoquer une perte de connaissance si elle est mal conduite. La syncope hypoxique survient sans signe avant-coureur fiable lorsque l'oxygène disponible pour le cerveau devient insuffisant. Dans l'eau, les règles sont encore plus strictes : jamais d'entraînement seul, jamais sans un binôme formé qui surveille chaque apnée en direct.
- À sec : s'allonger dans un endroit sûr, sans risque de chute, et éviter les séries maximales.
- En piscine : un binôme dédié qui ne plonge pas, surveille chaque apnée et sait réagir.
- Jamais d'hyperventilation avant une apnée : elle retarde l'envie de respirer sans ajouter d'oxygène.
- Arrêter la séance dès le premier signe inhabituel et ne pas chercher le record à chaque table.
Comment intégrer les tables dans une progression saine
Les tables ont leur place dans un entraînement régulier, à condition de rester un outil parmi d'autres. Les organisations internationales comme AIDA structurent leurs formations autour de la sécurité, de la technique et de la relaxation bien avant la performance chronométrée. Une table occasionnelle, menée à des durées confortables, sert à entretenir la tolérance à l'inconfort et la lucidité sur ses sensations.
Quelques repères de bon sens : baser les durées sur un pourcentage raisonnable de son meilleur temps, limiter la fréquence à une ou deux séances par semaine, noter ses sensations dans un carnet et privilégier la régularité sur l'intensité. La progression en apnée repose davantage sur la détente, la technique et le sommeil que sur la souffrance répétée.
Conclusion
Les tables CO2 et O2 sont des outils de structuration utiles, pas des formules magiques. La recherche récente rappelle que leurs effets physiologiques sont limités chez les débutants, et les règles de sécurité restent identiques à toute pratique de l'apnée : pas d'hyperventilation, pas d'entraînement seul dans l'eau, et une écoute permanente de ses sensations.
Sources
- A dive into the physiological responses to O2- and CO2-tables in freedivers, European Journal of Applied Physiology
Consulté le 6 novembre 2026
- Les accidents de l'apnée, mémoire de médecine subaquatique et hyperbare, Université de Bordeaux, FFESSM
Consulté le 6 novembre 2026
- La syncope hypoxique en apnée sportive, ARESUB
Consulté le 6 novembre 2026
- AIDA Freediving Courses, International Association for the Development of Apnea
Consulté le 6 novembre 2026
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une table CO2 et une table O2 ?
Une table CO2 enchaîne des apnées de durée fixe avec des récupérations de plus en plus courtes, pour s'habituer à l'accumulation de dioxyde de carbone. Une table O2 garde des récupérations constantes et allonge progressivement les apnées, pour travailler avec des niveaux d'oxygène décroissants.
Les tables d'apnée améliorent-elles vraiment les performances ?
Une étude publiée en 2026 dans le European Journal of Applied Physiology montre que chez les pratiquants novices, ces tables ne provoquent ni la forte désoxygénation ni l'accumulation de CO2 qu'elles visent. Elles restent utiles pour structurer l'entraînement et apprendre à gérer l'inconfort, sans effet d'adaptation démontré à ce stade.
Peut-on faire des tables d'apnée seul à la maison ?
À sec, allongé dans un endroit sans risque de chute, le risque principal est une perte de connaissance briève : il faut rester raisonnable sur les durées et ne jamais hyperventiler. Dans l'eau, même en piscine, il ne faut jamais s'entraîner seul : un binôme attentif doit surveiller chaque apnée.
À quelle fréquence faire des tables d'entraînement ?
Une à deux séances par semaine suffisent largement. La progression en apnée repose surtout sur la relaxation, la technique, le sommeil et la régularité, plutôt que sur la multiplication des séries difficiles.




